lundi 17 janvier 2011

HUITIEME CHAPITRE : un peu plus tard, anticipation, interlude, féerie…

Harvey ouvrit vivement mais précautionneusement la porte de la chambre de la gamine. Tout n’y était que calme, silence et tranquillité. Le Souffle régulier de Seven trahissait seulement un profond sommeil. L’androïde se gratta la tête. Avait-il vraiment aperçu un fugitif rai de lumière sous la porte ? Entendu comme un chuchotement ?
Avait-il rêvé ?
S’il en avait été capable, peut-être…

Son parfait visage était déformé par une moue tellement comique qu’il ressemblait à une petite vieille passablement inquiète. Seven devait absolument continuer à faire semblant de dormir… Mais à travers la mince fente de ses paupières mi-closes, elle vit la grimace de l’androïde et eut bien du mal à ne pas pouffer de rire.

Enfin, ouf, il referma la porte. La fillette attendit patiemment que ses pas s’éloignent : couloir, descente de l’escalier et puis…salon. Elle put enfin relever sa lampe-torche (malicieusement fauchée à Mme peakels dans la soirée) et s’en servir comme d’un piquet pour son drap blanc qui ferait office de toile de tente. Là, tout contre elle, une petite forme se redressa à son tour, évacuant, d’un geste frénétique de la main, le trop-plein de chaleur qui lui avait rougi des joues pourtant déjà rubicondes.

« Je suis sûre qu’il s’est douté de quelque chose, murmura Seven. Il a fait une drôle de tête.
_ Mais non, répondit la petite forme en redonnant un aspect convenable à son chapeau rond.
_ Il a aperçu la lumière. Je l’ai pas entendu arriver et j’ai éteint la lampe trop tard…
_ Je te dis que non ! Il a eu un gros soupçon mais il n’a rien vu du tout, et puis…(il farfouillait dans ses poches)
_ Et puis quoi ? interrogea la fillette.
_ …(Aaah ! Ma pipe était dans la poche droite ! Mais où est ma blague à tabac maintenant ? nom d’un p’tit Kalin !)…Et puis de toutes façons, les adultes ne voient jamais ce genre de choses.
_ Ah bon ?! fit-elle en ouvrant encore plus grand des yeux déjà immenses.
_ Ouaip. C’est comme une sorte de loi non écrite : quand un enfant a une lampe sous ses draps et complote dans son lit au lieu de dormir, eh ben les adultes ne le voient pas, ne l’entendent pas. Ils ont beau faire, ils passent toujours à côté. C’est comme ça. C’est la loi numéro 3.
_ Je complote, là ? demanda-t-elle avec une lueur gourmande dans le regard.
_ Ah ça, tu le sais sûrement mieux que moi, fillette ! répondit le petit bonhomme en arborant un sourire complice.
_ Vous êtes qui ? Vous venez d’où et vous faîtes quoi ? Vous avez quel âge-vous êtes très vieux non ?
_ Hem…Questions philosophiques s’il en est ! Qui je suis : le Vieux Bolk. D’où je viens : du village de Bolk, (c’est trèèèès loin) et ce que je fais : je suis mon patron à la trace, où qu’il aille. Quant à mon âge…Disons…sept ans…

Seven éclata de rire, puis, se ravisant promptement, plaqua ses deux mains sur ses lèvres. Heureusement, personne ne l’avait entendue s’esclaffer, la maison demeurait silencieuse.

_ Sept ans ?!! Mais c’est pas possible ça ! Vous êtes encore plus ridé que le Magus !
_ Ouais…hem, hem…fit le Vieux Bolk d’un ton bourru. OFFICIELLEMENT j’ai cent quarante-huit ans, mais la première parution de mes aventures date d’il y a sept ans.
_ Ouah !! C’est quoi une parution ? Ton patron c’est Victorvincent, pas vrai ?
_ Eeeh, tu as pas mal de jugeote pour une petite fille !
_ Je suis pas une petite fille !
_ Je sais, je sais, fit le Vieux Bolk en tirant sur sa pipe. Ça, c’est la loi numéro 2 : les enfants ne sont jamais petits. Quel âge as-tu ?
_ Eeeh bien…

Seven réfléchit une seconde, puis la lueur de malice brilla une nouvelle fois dans ses yeux.

_ J’ai…quatre mois, dit-elle.

Le Vieux Bolk toussa, cracha de la fumée, toussa à nouveau, ravala sa fumée puis la recracha une nouvelle fois. Puis il plaqua sa grosse main calleuse sur ses lèvres : heureusement, personne ne l’avait entendu s’étouffer, tousser, cracher, la maison demeurait silencieuse. Comme il crut que Seven essayait de le faire tourner en galbosh (1), il lui fit une réponse bien assortie :

_ Quatre mois ?!! Mais ce n’est pas possible ça ! Je ne te donnerais pas moins de dix ans.
_ Ouais…hem, hem, fit Seven d’un air savant. OFFICIELLEMENT j’ai neuf ans, mais en fait je suis née il y a quatre mois…

Le Vieux Bolk croisa les bras sur sa poitrine et aspira une looongue bouffée de fumée. Malgré son air moqueur, l’enfant avait l’air de dire la vérité.

_ Eh bien, eh bien, ajouta le minuscule bonhomme, tu n’es pas une peti…une fille comme les autres, c’est un fait qui se passe d’argumentaire. »

Le visage de Seven arbora un sourire de profonde satisfaction. Quelqu’un la prenait enfin au sérieux ! Un quelqu’un de sept centimètres de haut, mais c’était déjà quelque chose, mieux que rien. Le Vieux Bolk s’assit en tailleur sur le ventre de Seven. Sa mine sérieuse et réfléchie était largement compensée par les mouvements de haut en bas et les oscillations de droite à gauche que lui imprimait la respiration de la fillette.

« Mes aventures ? Hem…Oui, en effet, on peut dire que j’ai pas mal bourlingué. Il faut dire que, quand il est parti sur une idée, le patron n’y va pas avec le dos de la cuillère à thé. J’en ai vu des choses, ma belle !
_ Raconte…fit Seven les yeux brillants.
_ Bon…d’accord.»

Alors, le Vieux Bolk se mit à raconter les premiers chapitres de sa vie mouvementée :

« Il était une fois…
(Hein ?! C’est le début…les histoires commencent toujours comme ça. Ah bon ? On ne t’a donc jamais raconté d’histoires ?! Ben non. C’est charmant…A quoi pensent les parents de nos jours, je vous le demande ?)
Donc : il était une fois, dans une impééénétrable et sombre forêt…
(C’est quoi une forêt ? Ecoute on ne va pas y arriver si tu m’interromps tous les quatre mots ! Tu n’as jamais vu de forêt ? Ben je sais pas, vu que je sais pas ce que c’est. Okay, c’est pas grave, pose toutes les questions que tu veux. Une forêt c’est un endroit plein d’arbres, de buissons et d’animaux. C’est quoi ?... Stop ! Finalement on va avancer et je t’expliquerai tout à la fin)
Dans cette forêt mystérieuse nichée à la croisée des chemins de quatre vastes royaumes,…
(Tu ne dis rien ? Tu boudes ? Oui.)
…un peuple très, très, très ancien, s’était établi bien des siècles auparavant. Il s’agissait d’un peuple de grands guerriers appelés les Bolks.
(Z’êtes pas grand du tout ! Ne sois pas mesquine, je te prie !)
Les Bolk avaient été (par le passé !...) un peuple de grand guerriers qui avaient mené de grands combats, livré bien des batailles et avaient marché de conquêtes en conquêtes.
(Attention ! J’entends quelqu’un monter les escaliers…)

En moins d’un clin d’œil, la lumière disparut, le drap retomba, le silence se fit. De l’autre côté de la porte on entendit :

« Je suis certain d’avoir encore vu de la lumière ! fit une première voix.
_ Mais non, répondit la seconde.
_ Et entendu des voix aussi…
_ Tu as dû rêver !
_ Très drôle. Arrêtez un peu de plaisanter et allez vérifier par vous-même.
_ Inutile, fit Victor Vincent en s’éloignant vers sa chambre.
_ Mais enfin…s’offusqua l’androïde. Pourquoi ?
_ D’abord, je ne veux pas risquer de la réveiller. Et puis…tu n’as jamais entendu parler de la loi numéro 3 ? »

Si un haussement d’épaules pouvait produire un son, Seven aurait entendu celui d'Harvey, avant que deux portes ne s’ouvrent, puis se referment, et que la maison retombe dans son silence. L’enfant ralluma, releva le drap, mais…le Vieux Bolk avait disparu.

« Flûte ! » fit-elle en grattant machinalement l’emplacement où aurait dû se trouver son nombril.



1 galbosh : sorte de bourrique utilisée comme bête de somme par certains érudits férus de mathématique. Plutôt têtue la bougresse !

2 commentaires:

  1. Pas le temps de faire long alors allons droit à l'essentiel :
    C'est nul.

    C'est nul comme tout est fluide, comme tout donne l'impression de s'être écrit tout seul, comme tout les mots sont toujours les mieux trouvés, comme les tournures confinent souvent au coup de génie et comme tout ça se dévore sans retenue. Or, et c'est nul comme l'aspect "parodie" d'un certain bouquin tourne à mon désavantage, une fois de plus.

    Quand je pense que ça fait dix ans que je bosse et que toi, toi, toi...

    Tsss, c'est bien ce que je dis : c'est nul.

    T'as franchement intérêt à aller au bout sinon t'es un pixie mort.
    Ils sont loin, les rares défauts qu'avaient ton écriture !

    Je te hais.

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  2. Non mais t'as raison, c'est nul. Moi aussi je le hais.

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